L'hermétisme est l'une des grandes sources de l'ésotérisme occidental. On le retrouve derrière l'alchimie, l'astrologie savante, la magie de la Renaissance, la Kabbale chrétienne, la franc-maçonnerie et bien des courants spirituels modernes.
Pourtant, il reste souvent mal connu.
Cet article en présente les origines, les textes, les grands principes et ce qu'il peut encore apporter aujourd'hui.
Le mot vient de Hermès Trismégiste, « Hermès trois fois grand ». Ce personnage légendaire est né de la fusion de deux figures : le dieu grec Hermès, messager des dieux et guide des âmes, et le dieu égyptien Thot, maître de l'écriture, de la sagesse et de la magie.
Dans la tradition, Hermès Trismégiste est un sage antique, détenteur d'une révélation primordiale. Les historiens, eux, ne voient pas en lui un auteur unique : les textes qui portent son nom ont été écrits par différents auteurs anonymes. Mais pour la tradition, c'est la voix d'une sagesse très ancienne qui parle à travers eux.
En 1463, cosme de médicis demande à marsile ficin, à florence, de traduire en latin le corpus hermeticum avant même les œuvres de platon. Les humanistes de l'époque croient alors que ces textes sont plus anciens que moïse et qu'ils annoncent le christianisme.
En 1614, le philologue isaac casaubon démontre que ces textes datent en réalité des premiers siècles de notre ère. L'hermétisme perd son statut de sagesse « primordiale », mais continue de fasciner : sa valeur symbolique et spirituelle ne dépend pas de sa date.
Un livre publié en 1908 aux états-unis, signé « les trois initiés » (attribué à william walker atkinson), résume l'hermétisme en sept principes. Attention : ce texte est un ouvrage moderne, qui appartient au mouvement new thought, et non un texte antique. Il est néanmoins très populaire :
Le Mentalisme : « le tout est esprit ; l'univers est mental. »
La Correspondance : « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. »
La Vibration : « rien ne repose ; tout vibre. »
La Polarité : toute chose a deux pôles, et les opposés sont de même nature à des degrés différents.
Le Rythme : tout monte et descend, va et vient, comme un balancier.
La Cause et l'Effet : chaque effet a une cause ; rien n'arrive par hasard.
Le Genre : le masculin et le féminin se retrouvent à tous les niveaux.
Dans les textes anciens, on retrouve principalement les thèmes suivants :
Un dieu unique, source de tout, appelé nous (l'intellect), le père, le bien.
L'univers comme un être vivant, harmonieux et divin, dans lequel tout est relié.
L'homme comme microcosme, miroir du cosmos : il porte en lui une étincelle divine et une part mortelle.
La chute et le retour : l'âme descend dans la matière à travers les sphères planétaires, et peut remonter par la connaissance.
La gnose (connaissance directe) comme voie de salut : on se libère par l'éveil de l'intellect, non par la simple croyance.
La régénération (palingénésie) : une seconde naissance intérieure, décrite dans le traité sur la renaissance.
On dit parfois que l'hermétisme repose sur trois arts fondamentaux :
L'astrologie : lire le ciel comme un langage des correspondances entre le cosmos et l'âme.
L'alchimie : transformer la matière et, symboliquement, l'être. Le grand œuvre (opus magnum) passe par des phases célèbres : nigredo (noirceur), albedo (blanchiment), rubedo (rougeoiement). Pour beaucoup d'auteurs, c'est avant tout une voie de transformation intérieure, même si certains alchimistes ont aussi pratiqué en laboratoire.
La magie ou théurgie : agir sur le monde et sur l'âme grâce aux correspondances, aux symboles et aux rites.
Médiévale et arabe : l'hermétisme a transité par le monde arabe (alchimie de Jabir ibn Hayyan, Picatrix) avant de revenir en Occident.
Renaissance : Ficin, Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, Agrippa, Paracelse et John Dee font côtoyer les sciences occultes avec la naissance de la science moderne.
XVIIe siècle : les mouvements rosicruciens et la franc-maçonnerie reprennent des symboles hermétiques. Même Isaac Newton a passé des années à étudier l'alchimie.
XIXe et XXe siècles : le renouveau occultiste (Éliphas Lévi, la Golden Dawn, la Société théosophique) et la psychologie de Jung, qui voit dans l'alchimie un langage des processus de l'inconscient (individuation).
Les deux courants partagent l'idée que la connaissance de soi et du divin libère l'âme. Cependant, leur vision du monde diffère : pour beaucoup de gnostiques, le monde matériel est l'œuvre d'un démiurge inférieur dont il faut s'évaser, tandis que l'hermétisme voit plus souvent le cosmos comme divin et harmonieux, et l'homme comme son prolongement.
On peut le lire de plusieurs façons, qui se complètent :
Une voie spirituelle : un chemin de connaissance, de transformation intérieure et de reliance au divin, qui demande étude, discipline et pratique.
Une philosophie symbolique : un langage d'images et de correspondances pour penser le rapport entre l'homme et l'univers.
Un objet d'histoire : un courant qui a nourri la pensée occidentale, de la médecine à la science, de l'art à la littérature.
Un langage psychologique : à la manière de Jung, une cartographie des étapes de la transformation de soi.
Sur le plan scientifique, les affirmations hermétiques sur les correspondances astrales ou la transmutation spirituelle ne sont pas vérifiables par la méthode expérimentale : elles relèvent du symbole, de la philosophie et de la spiritualité.
Commencer par les sources : une bonne traduction du Corpus Hermeticum (Festugière) et de la Table d'émeraude.
Distinguer les époques : séparez l'hermétisme antique, l'hermétisme de la Renaissance et les ouvrages modernes comme le Kybalion.
Prendre le temps : lire lentement et revenir sur les textes, car ils sont conçus pour être médités plutôt que parcourus.
Garder un esprit critique : se méfier de ceux qui prétendent vendre des « secrets » ou promettent des pouvoirs.
Pratiquer au quotidien : méditation, étude, tenue d'un journal et observation de soi, car c'est un chemin qui se vit.
Corpus Hermeticum, traduction d'A.-J. Festugière (Les Belles Lettres)
Hermès Trismégiste, présentation de Jean-Pierre Mahé et de Jean-Pierre Brach
Frances Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique
Antoine Faivre, L'Ésotérisme (Que sais-je ?)
Carl Gustav Jung, Psychologie et alchimie
Les Trois Initiés, Le Kybalion (à lire avec recul, comme texte moderne)