Une même quête de connaissance, des chemins très différents
On parle souvent de « la Gnose » comme d'une religion unique. En réalité, il existe plusieurs gnoses, nées à des époques et dans des lieux différents, qui partagent une même aspiration : la connaissance directe du divin.
Depuis le XXe siècle, certains mouvements évoquent également l'existence d'une « Gnose universelle ». Voyons plus en détail ce que recouvrent ces différentes notions.
Gnôsis est un mot grec qui signifie « connaissance ». Il ne s'agit pas d'un savoir intellectuel, mais d'une connaissance vécue, intérieure : savoir qui l'on est vraiment, d'où l'on vient et où l'on retourne. Le terme « gnosticisme », quant à lui, est moderne : il date du XVIIe siècle et a servi à regrouper des courants très variés de l'Antiquité.
La plupart des gnoses anciennes partagent plusieurs idées clés :
- le monde matériel n'est pas la source ultime, et il est souvent perçu comme imparfait ou comme une prison ;
- l'être humain porte en lui une étincelle divine, oubliée ou endormie ;
- la cause de la souffrance est l'ignorance ;
- la libération vient de la connaissance (la gnose), souvent révélée par un envoyé, un sauveur ou un maître.
- Les séthiens : ils vénèrent Seth, fils d'Adam et Ève, comme ancêtre d'une lignée spirituelle. Leurs textes comprennent l'Apocryphon de Jean, qui décrit le Démiurge Ialdabaôth et ses archontes.
- Les valentiniens : disciples de Valentin (IIe siècle), qui a enseigné à Rome. Ils restent proches du christianisme et distinguent trois types d'êtres humains (matériels, psychiques et spirituels). On leur attribue l'Évangile de Vérité et l'Évangile de Philippe. Leur vision du monde est moins sombre que celle des séthiens.
- Les ophites et les naassènes : ils accordent un rôle central au serpent d'Éden, vu comme un instructeur.
- Basilide : maître gnostique d'Alexandrie (IIe siècle), dont nous ne connaissons l'enseignement que par ses adversaires.
- Marcion : il oppose le Dieu de l'Ancien Testament et le Dieu bon révélé par Jésus. Souvent rapproché des gnostiques, il n'enseigne pas la salvation par la connaissance : c'est un cas à part.
- L'hermétisme : le Corpus Hermeticum (dont le Poimandrès), né dans l'Égypte hellénisée, enseigne une gnose sans rejet aussi net du monde, où l'univers est une manifestation du divin.
- Le manichéisme : fondé par Mani (IIIe siècle), il s'est voulu une religion universelle et s'est étendu de l'Empire romain jusqu'en Chine. Saint Augustin y a été auditeur pendant une dizaine d'années avant de le quitter.
- Le mandéisme : une religion gnostique qui existe encore, en Irak et en Iran. Son nom vient du mot araméen manda, qui signifie « connaissance ». Jean le Baptiste y occupe une place centrale.
- Le catharisme : ce courant médiéval d'Occitanie (XIIe-XIIIe siècles), proche des bogomiles des Balkans, partage avec les gnoses le dualisme et le rejet du monde matériel. Le lien historique direct avec les gnoses antiques reste débattu parmi les historiens.
Pendant des siècles, on ne connaissait les gnostiques que par le prisme de leurs adversaires, tels qu'Irénée de Lyon. Tout change en 1945 avec la découverte de la bibliothèque de Nag Hammadi, en Égypte, qui met au jour une cinquantaine de textes gnostiques, dont l'Évangile de Thomas et l'Apocryphon de Jean.
Le XXe siècle est également marqué par un regain d'intérêt : l'historien Hans Jonas publie La Religion gnostique en 1958, Carl Gustav Jung rédige en 1916 les Sept Sermons aux morts sous le pseudonyme de Basilide, et plusieurs Églises gnostiques modernes voient le jour, à commencer par celle fondée à Paris par Jules Doinel en 1890.
Cette expression peut recouvrir trois idées différentes :
1. Une connaissance universelle : de nombreuses traditions parlent d'une connaissance intérieure libératrice, comme la jñana dans l'hindouisme, la prajñā dans le bouddhisme, la maʿrifa dans le soufisme, la gnose chrétienne chez Clément d'Alexandrie et Évagre le Pontique, ou encore la connaissance intérieure dans la Kabbale. Bien que distinctes, ces notions partagent un même but : la connexion vécue avec la Source.
2. La philosophie pérenne : des auteurs comme Aldous Huxley, René Guénon et Frithjof Schuon défendent l'idée d'une sagesse originelle commune à toutes les traditions. Toutefois, certains chercheurs, à l'instar de Steven Katz, objectent que les expériences mystiques sont façonnées par le cadre culturel et religieux de ceux qui les vivent, et qu'il est difficile de les réduire à un fond unique.
3. Un mouvement moderne : le mouvement « gnostique chrétien universel », fondé par Samael Aun Weor, utilise le terme « gnose » en s'inspirant de sources très variées (théosophie, tantrisme, Kabbale, bouddhisme et christianisme). Ce courant moderne est bien distinct des gnoses historiques antiques.
Ce qui rassemble : la présence d'une étincelle divine en l'être humain, l'ignorance considérée comme la source de la souffrance, et la connaissance vécue comme unique voie de libération.
Ce qui sépare : la vision du monde — perçu comme ténébreux par certains et comme manifestation du divin par d'autres —, le rôle attribué à un sauveur, la place accordée au corps (pratique de l'ascèse ou non), ainsi que la nature des rites et des Écritures.
À savoir : si une lecture ou une démarche spirituelle vous plonge dans une profonde angoisse, un sentiment d'irréalité ou une perte de contact avec le quotidien, n'hésitez pas à en parler à un proche, un médecin ou un psychologue. Cela ne remet en cause ni la valeur ni la profondeur de votre cheminement.