Avant d'être une pratique, le magnétisme est une intuition : celle qu'une force subtile, un souffle vital, circule dans l'univers et traverse chaque être vivant. Les noms changent selon les traditions : prana chez les Hindous, chi chez les Chinois, mana en Polynésie, ruach dans la tradition hébraïque, pneuma chez les Grecs, ou encore lumière astrale chez Éliphas Lévi.
Le magnétiseur est celui qui a appris à sentir cette force, à la rassembler et à la diriger avec amour et conscience vers un être qui en manque. La tradition hermétique le résume ainsi : l'homme n'est pas seulement un corps, il est un champ. Et ce champ peut se renforcer, s'équilibrer, se transmettre.
L'imposition des mains traverse tous les temps. Les temples d'Asclépios en Grèce, les prêtres égyptiens, les chamans de toutes les terres, les rois thaumaturges de France, qui guérissaient les écrouelles par le toucher, et les apôtres eux-mêmes en ont fait usage. Les Évangiles rapportent à de nombreuses reprises des guérisons par le toucher, le souffle ou l'imposition des mains.
La Renaissance en fait un objet de réflexion. Paracelse parle d'une force qui relie les astres et les êtres, ainsi que d'un « aimant » intérieur à l'homme. Van Helmont évoque le magnale magnum, un pouvoir de l'âme sur le corps. Robert Fludd, quant à lui, théorise les influences magnétiques entre le ciel et la terre.
Au XVIIIe siècle, le médecin viennois Franz Anton Mesmer (1734-1815) donne à cette intuition sa forme moderne. Il affirme l'existence d'un fluide universel qui relie les astres, la terre et les êtres vivants, et dont la maladie serait le déséquilibre. Il nomme son art le magnétisme animal. Ses séances, avec leurs baquets, leurs cordes et leurs passes, font courir tout Paris.
Son élève, le marquis de Puységur, fait en 1784 une découverte majeure : en magnétisant le jeune paysan Victor Race, sous un orme devenu célèbre, il provoque un état de conscience nouveau, le somnambulisme magnétique, où le sujet parle, perçoit et diagnostique avec une lucidité inhabituelle. Il comprend alors que l'agent essentiel est la volonté et la bienveillance du magnétiseur.
Joseph Deleuze codifie la pratique dans son Instruction pratique sur le magnétisme animal, ouvrage de référence pour tout praticien.
Le baron Du Potet en fait une science expérimentale et un chemin de connaissance, jusqu'aux frontières de la magie. Enfin, le chimiste Karl von Reichenbach décrit la force odique (l'Od), une énergie rayonnant des aimants, des cristaux, des mains et du corps vivant, visible selon lui par les sensitifs dans l'obscurité.
Hector Durville et son fils Henri fondent l'École pratique de magnétisme et de massage à Paris, et diffusent largement l'art du magnétisme thérapeutique au début du XXe siècle. Albert de Rochas explore quant à lui les états profonds de la conscience et l'extériorisation de la sensibilité.
Selon la tradition, le magnétiseur agit comme un canal :
- Il puise l'énergie à une source plus vaste que lui (la nature, la terre, le ciel, le divin, selon la sensibilité de chacun).
- Il la transmet par les mains, le regard, le souffle ou la pensée.
- Il rééquilibre le champ du receveur, là où existent déséquilibres, blocages, fuites ou accumulations.
Les mains sont considérées comme des antennes subtiles : on les dit polarisées, la droite émettrice, la gauche réceptrice. Les passes sont des gestes lents au-dessus du corps, à quelques centimètres, qui lissent, dégagent et rechargent. Les points d'application (plexus solaire, cœur, sommet de la tête, zones douloureuses) correspondent souvent aux centres de force et aux chakras.
Le magnétisme de soin (ou curatif). Soulagement de douleurs, de tensions, de fatigue et de troubles fonctionnels. Le magnétiseur travaille sur l'énergie et accompagne le corps dans sa propre capacité à se rééquilibrer.
Le magnétisme sur les animaux. Les animaux, très réceptifs, réagissent souvent avec une grande évidence aux soins énergétiques.
Le magnétisme sur les plantes, l'eau et les objets. On parle d'eau magnétisée, de plantes soutenues et d'objets chargés d'intention.
Le magnétisme des lieux. Un lieu peut être nettoyé, rechargé et harmonisé par la présence et la volonté du magnétiseur.
Le magnétisme à distance. Appuyé sur un témoin (photo, nom, objet), il repose sur la loi de sympathie : ce qui a été relié le reste dans le subtil.
Le magnétisme spirituel. Dégagement d'influences parasites, rééquilibrage du corps énergétique et soutien dans les épreuves : il rejoint les soins énergétiques et le désenvoûtement.
L'hypnose est née du magnétisme : James Braid, en 1843, lui donne son nom (hypnotisme) en retirant l'idée de fluide. Le magnétisme conserve donc la dimension énergétique que la médecine hypnotique a laissée de côté. Quant à la magie, le baron Du Potet l'affirmait : magnétiser, c'est déjà faire de la magie, car c'est agir sur le réel par la volonté et l'imagination créatrice. On retrouve ici l'idée que la magie est l'âme qui agit, un pouvoir neutre en lui-même, dont la valeur dépend de l'intention qui le dirige.
L'ancrage. Se relier à la terre, stabiliser son corps et apaiser son mental.
La purification de soi. Un magnétiseur chargé de ses propres tensions les transmettra : l'hygiène intérieure et physique est la première des conditions.
L'intention. Aimer, vouloir le bien et se mettre au service de plus grand que soi.
La protection. Cercle de lumière, prière ou visualisation, chacun selon sa tradition.
Le soin. Écoute, passes, imposition des mains et souffle, selon l'inspiration.
Le dégagement. Se purifier après la séance (eau, ancrage, silence) pour ne pas garder ce qui ne vous appartient pas.
Un magnétiseur digne de ce nom ne promet jamais la guérison, n'interrompt jamais un traitement médical, ne se prétend pas médecin et ne demande jamais à la personne d'abandonner ses soins. Il respecte le libre arbitre, la pudeur et la confidentialité. Il reste humble : il n'est pas la source de la force, il en est le passeur.En
Conclusion : donner sans s'épuiser, recevoir sans s'attacher.
Le magnétisme est un art de présence. Il rappelle que nous ne sommes pas des îles : de l'un à l'autre circule quelque chose, que l'on peut nommer fluide, souffle, amour ou lumière. Celui qui s'y consacre apprend à être un canal limpide, c'est-à-dire à purifier son cœur, à clarifier sa volonté et à se tenir humblement entre la source et celui qui demande.